
Un géant de l’art palestinien s’éteint
🕯️ Hommage à Sliman Mansour (1947 - 2026)
Le grand peintre palestinien s’est éteint ce lundi à l’âge de 79 ans. Pendant plus d’un demi-siècle, son œuvre aura raconté une terre, une mémoire et un peuple.
Une vie dédiée à la mémoire palestinienne
Né en 1947 à Birzeit, au nord de Ramallah, Sliman Mansour grandit dans l’ombre de la Nakba. Très jeune, il se tourne vers le dessin, remportant dès 1962 un concours artistique pour enfants organisé par les Nations unies. Dans les années 1960 et 1970, il participe à la construction d’un langage visuel palestinien, face à l’effacement systématique de l’histoire par l’occupant.
« En tant qu’artistes, nous avons commencé à rechercher des images reflétant l’identité. »
Pour Mansour, peindre devient une manière de préserver une mémoire menacée, incarnant le sumud – la persévérance, l’enracinement et la capacité à tenir bon sur sa terre malgré l’occupation.
L’art comme acte de résistance
Pendant la Première Intifada, Sliman Mansour rejoint le collectif New Visions, aux côtés de Tayseer Barakat, Vera Tamari et Nabil Anani. Ensemble, ils décident de boycotter les fournitures artistiques israéliennes, se tournant vers la terre, le café, le thé, les matériaux naturels et les techniques mixtes. Le matériau même de l’œuvre devient ainsi un acte de résistance.
« Créer sans matériel israélien. »
Les symboles d’une identité inaltérable
Les tableaux de Sliman Mansour sont composés de symboles qui reflètent l’identité palestinienne :
- L’olivier : évoque la terre et l’enracinement.
- L’orange de Jaffa : renvoie aux terres palestiniennes colonisées en 1948.
- Le cactus : marque la trace des villages détruits et la persistance de la mémoire.
- Le tatriz (broderie palestinienne) : célèbre un patrimoine transmis de génération en génération.
Chaque détail de ses toiles raconte la Palestine.
La répression comme preuve de l’efficacité de l’art
À partir de la fin des années 1970, les autorités coloniales confisquent certaines œuvres lors d’expositions palestiniennes. Une simple paysanne travaillant dans un champ, vêtue d’une robe palestinienne brodée, peut être considérée comme « politique ». Les couleurs du drapeau palestinien sont interdites, les expositions fermées, et les artistes sommés de renoncer à l’« art politique ». Sliman Mansour, lui, est emprisonné.
« Les femmes symbolisent la patrie et la résistance ; à travers elles, j’exprime mes sentiments, ma nostalgie et mes espoirs pour l’avenir. Parce qu’elles représentent la Palestine, elles sont toujours belles, fortes et fières. »
Dans les années 1980, la censure militaire israélienne confisquait ces tableaux, non pour leur contenu violent, mais parce que leur beauté, leur fierté et leur force dérangeaient.
Une œuvre engagée, des icônes inoubliables
Parmi ses tableaux les plus célèbres :
- Jamal al-Mahamel (1973) : un vieil homme courbé sous le poids de Jérusalem qu’il porte sur son dos.
- Jérusalem dans le cœur (1979) : réalisé à l’occasion de la Journée de la Terre.
- Prison (1982),Rituels sous occupation (1989),Checkpoint (2013) : autant de témoignages visuels de la réalité sous occupation.
Sliman Mansour a aussi illustré les prisonniers politiques dans les années 1980, et participé à la Journée des prisonniers palestiniens en 1980 avec son œuvre Espoir.
L’héritage d’un artiste libre
Sliman Mansour laisse derrière lui une œuvre qui a transcendé les frontières de l’art pour devenir un symbole de la résistance culturelle palestinienne. À travers ses pinceaux, il a défié l’effacement, célébré la mémoire et porté l’espoir d’un peuple inébranlable.
الله يْرَحْمو